Je vous livre ici la synthèse de mes modestes recherches sur le jeu et le sport du billard et sur son histoire.
Définition
Le billard, sport ou jeu, voilà une question qui n’a pas fini de faire couler l’encre. Evidemment, pour ceux qui pense que le sport c’est "quand on transpire ", le billard ne sera qu’un jeu fascinant, un passe-temps accessible à tous, sans considération d’âge ou de sexe. Tout au plus pourra-t-il être, joué de façon sérieuse, un jeu aussi scientifique que les échecs, idéal pour les esprits mathématiques avec la différence qu’il nécessite une adresse extraordinaire. Adresse ! Voilà ce qui probablement fait du billard un sport à part entière. Un sport où la position du corps et l’ exécution du geste dépend fortement d’une bonne condition physique et d’une concentration constante.
Un sport où l’ennui n’est pas de mise car la multiplicité des situations est presque infinies. Un éminent professeur de mathématique américain, le docteur Frank G. Dickenson, a calculé qu’il existe, au cours d’une partie ordinaire, environ 63'000'000'000'000'000 de façons possibles de réussir à blouser une bille sur une table de billard.
Un peu d’étymologie
Dans son "dictionnaire historique de la langue française " (Le Robert), Alain Rey précise que "billard " procède de "bille ", lequel, selon l’ hypothèse couramment admise, est issu en 1164 du francique "bikkil" (dé), de l’allemand "bickel " (dé, osselet) et du néerlandais "bikkel " (osselet). Quant à "billard ", il serait apparu vers la fin du 14ème siècle. Le mot désignait proprement un bâton recourbé pour jouer aux jeux de billes ou de boules. Il fut remplacer plus tard par un bâton droit. Dès le milieu du 16ème siècle, " billard " a désigné le jeu en lui-même, puis la table du jeu et enfin, au 18ème siècle, le local dans lequel la table était installée. Le bâton quant à lui est devenu la "queue ".
Au début du 20ème siècle, le terme a été repris avec des valeurs métaphoriques pour "terrain plat, route facile à parcourir ", d’où la locution familière "c’est du billard ".
L’origine du billard
Rechercher l’origine du billard revient à s’aventurer dans un domaine obscur où différentes théories essaient de s’imposer. Il n’existe pas ou peu d’informations précises sur l’évolution de ce sport et toutes les recherches entreprises dans la littérature pour déterminer les origines du billard et toutes les hypothèses avancées reposent sur des déductions faites à partir des événements et des petites histoires de l’Histoire.
Selon Philippe Malsert ("le guide Marabout du billard "), il est fort probable que la naissance du billard remonte, au plus tard, au début du 12ème siècle. A l’époque, le jeu était pratiqué sur une surface de terre avec des bâtons à bout recourbé et des boules en bois. Impossible de lui attribuer un pays d’origine. Le billard peut en effet avoir pour précurseur le palle-mail français, la vilorta espagnole ou encore le ball-yards anglais. Peut-être, à l’ instar du tir à l’arc, le billard a-t-il été inventé dans différents endroits indépendamment. Les deux anecdotes qui suivent tendent peut-être à prouver cette hypothèse. Dans tous les cas, elles contribuent à entretenir la séculaire rivalité entre la France et l’Angleterre.
L’école française
Selon Philippe Malsert, le billard de terre vécut jusque sous Louis XI, pratiqué par la noblesse, la bourgeoisie et le peuple. On prête au roi Louis XI, fervent amateur de billard, la phrase suivante : " Aïe ! Mes reins vont-ils m’obliger à renoncer à jouer aux boules ? Ça jamais, plutôt me faire installer un terrain sur une table. " La Première table de billard fut alors fabriquée par son menuisier, avec un fond en pierre recouvert de drap d’ Elbeuf et des bandes cuir. Le billard tel que nous le connaissons aujourd’hui serait donc français et daterait de la fin du 15ème siècle. A noter que du jeu primitif pratiqué sur l’herbe demeure la couleur verte du drap recouvrant la table. Le billard a connu une véritable vogue sous le règne de Louis XIV à Versailles, le roi lui réserve la salle magnifique connue depuis sous le nom du salon de Diane.
En 1823, un prisonnier politique en disgrâce, Mingaud, permis un développement fulgurant des performances avec l’invention d’une rondelle de cuir collée à l’extrémité de la queue. Cette rondelle (le "procédé ") qu’on enduit de craie permet de donner à la bille des effets antérieurement inconcevable.
L’école anglaise
De son côté, Jean-Paul Nahon, auteur de l’ouvrage "le Billard, Règles-technique-conseil " fait remonter le billard à 1570. En effet, Le British Museum de Londres renfermerait une lettre datée de 1570 qui donne une origine assez curieuse mais plutôt sympathique, à l’invention du jeu de billard.
Ce jeu aurait été imaginé en 1560 par un prêteur sur gages de Londres nommé William Kew. Ce prêteur, certainement un peu usurier, avait comme enseigne se son métier trois boules d’ivoire qui reposaient, dans la journée, sur un ustensile spécial et qu’il rentrait chaque soir.
On voit encore à Londres, de nos jours, cette enseigne devant certaines boutiques dans les vieux quartiers.
Or le soir, le prêteur sur gages, pour se distraire, avait l’habitude de mettre les trois boules sur son comptoir et de les pousser l’une contre les autres en s’aidant de son yard (mesure anglaise valant 92 centimètres) qui lui servait à mesurer les étoffes. Ce jeu l’intéressa, il fit mettre des bords à son comptoir pour que les billes ne puissent s’échapper ; il invita, par la suite, ses voisins et il organisa là des parties pas banales.
Peu à peu, le jeu se modifia ; un ébéniste du temps s’empara de l’idée et construisit une table spéciale et on appela cette distraction BILL’S YARD (le yard de Bill, abréviation de William) et le mot queue vient de Kew, nom de l’ inventeur de ce jeu.
Ça ne serait que plus tard que le billard a été introduit en France.
Un autre anglais, Jack Carr, fut célèbre au 19ème siècle par des démonstrations grâce aux effets qu’il pouvait donner aux billes. Certains attribuent en effet à Jack l’invention du procédé. L’histoire dit également que Jack se serait bien garder de faire partager son secret, prétendant que les effets étaient possibles grâce à la craie de son invention. Il fit ainsi fortune en vendant fort cher de petits cubes de craie bleue banale, à des milliers d’amateurs.





